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Smaïl Lalmas, président de l'Algérie Conseil export à l’Econews
«Nous avons besoin d’un ministère du Commerce extérieur» Abonnez-vous au flux RSS des articles

17 jui 2013
14:32
1 commentaire Les métiers de l'export sont nombreux.

Pour qu’une entreprise prétende vendre son produit à l’international, il faudrait qu’elle fasse un diagnostic interne. C’est-à-dire voir si elle a assez de ressources humaines, si le personnel qualifié maîtrise les langues étrangères. Cela fait partie de la première démarche à entreprendre avant toute étude de marché ou de ciblage. C’est pour cela qu’Algérie Conseil Export (ACE) est née. Elle a d’ailleurs obtenu ce matin même son agrément du ministère de l’Intérieur. Son président, Samaïl Lalmas nous en dit plus.

 

Ne pensez-vous pas qu’il y a assez d’organismes dédiés à l’exportation pour en rajouter un autre ?

Non. Il n’y en a pas suffisamment. Maintenant, si vous parlez des organismes étatiques, ils sont très insuffisants aussi bien en nombre qu’en ressources. Quant à l’Anexa (Association nationale des exportateurs algériens), elle a un caractère beaucoup plus syndical et revendicatif. Elle transmet vers les ou la tutelle les difficultés rencontrées par les exportateurs. Ce n’est pas du tout la même chose.  Nous, nous faisons dans le conseil, dans l’accompagnement, la formation des entreprises, et donc des managers qui sont intéressés par l’export ou qui veulent tenter l’expérience à l’international. Et nous sommes les seuls en Algérie dans le domaine du conseil à l’export.

 

Y a-t-il des entreprises exportatrices ?

On ne peut pas parler d’entreprises exportatrices ou non exportatrices. Toutes doivent intégrer dans l’activité export dans la stratégie de développement. Exporter c’est vendre, c’est gagner des parts de marchés. Celui qui ne vend pas, qui n’avance pas recule. Car les entreprises algériennes sont menacées au quotidien par la concurrence internationale. Et c’est de bonne guerre. Le manager qui n’a pas compris que son objectif premier est de gagner des parts de marché au quotidien est condamné à disparaître.

 

Sauf que les entreprises algériennes se contentent de satisfaire le marché local…

Justement ! Même ce marché est menacé. Parce que tous les jours nous avons des produits nouveaux importés sur le marché. Aujourd’hui, si l’entreprise algérienne détient 80% du marché algérien, dans six mois elle se retrouvera avec uniquement 20%. C’est pour cela qu’il faut être agressif et aller menacer les concurrents sur leur propre marché.

 

Comment ? Quels sont les conseils que vous prodiguez pour que ces entreprises puissent se vendre à l’étranger avec cette précision que nous avons des difficultés à placer nos produits dans l’Union européenne ?

 

Nous pouvons imposer la réciprocité .

 

Et l’accord d’association ?

Il faut que cela se fasse dans les deux sens. Si nous leur accordons des facilités, ils doivent faire de même. Si les Européens ont réussi à pénétrer le marché algérien, je ne vois pas pourquoi on ne pénétrerait par le leur.

C’est pour cela que je dis qu’il faut renverser la vapeur. Les lois et règlements internationaux sont connus de tous. Nous pouvons donc les utiliser. Il suffit d’avoir la volonté, des institutions qui accompagnent les entreprises. Parce que je souligne que nous n’avons aucune institution qui gère le commerce extérieur, si ce n’est une direction au sein du ministère du Commerce.

 

Est-ce pour cela que vous appelez à l’instauration d’un ministère du Commerce extérieur ?

Oui. Un grand ministère du Commerce extérieur, stratégique et qui doit avoir une place importante au sein du gouvernement pour pouvoir chapeauter et gérer toutes les opérations destinées à l’export. Le commerce extérieur français repose sur 4.500 conseillers uniquement pour une association, Ubifrance en l’occurrence. Ajouter à cela des missions économiques au niveau mondial qui sont très dynamiques, en plus des Chambres de commerce internationales. En Algérie, nous avons une direction générale avec quelques personnes, quand bien même il faut reconnaître qu’elles sont très dynamiques. Mais c’est insuffisant. Cela fait 20 ans que l’on entend dans tous les discours politiques la mise en exergue des exportations. Force est de constater qu’il n’y a rien. Si ce n’est l’Algex, une direction au niveau de la tutelle qui essaie de booster le commerce extérieur et la Chambre algérienne de commerce et de l’industrie qui s’est impliquée dans le processus de formation initié par le ministère du commerce.

Aussi, l’instauration du ministère à laquelle j’appelle sera censé mettre au point une stratégie de développement. Et lorsque l’on parle de développement, il faut entendre pas là les outils qui se déclinent finalement en ressources humaines.

Il est vrai que le ministère du Commerce a initié beaucoup de cycles de formations à l’export, ce qui ne se faisait pas auparavant. Cela veut dire que l’on redonne de l’importance au facteur humain lequel devra utiliser tous les outils nécessaires. Aussi, je suis d’accord avec tout ce qui se fait au niveau du ministère en ce qui concerne le volet formation et développer d’autres actions en parallèle parce qu’on ne peut pas attendre jusqu’à ce que ces formations aboutissent.

 

Par exemple ?

J’aurais ciblé une centaine d’entreprises, leur ramener des managers en export qui ont déjà fait leurs preuves à l’international. Des managers tunisiens, français ou autres, disposant d’un riche curriculum vitae et les mettre à la disposition des entreprises qui ont un petit potentiel pour structurer leur service export, pace qu’il n’en ont pas. Ces experts se doivent bien entendu de se soumettre à l’obligation de résultats. Ces experts seront donc rémunérés en dinars et devises. La partie devises sera prise en charge par le Fonds de soutien à l’export.

 

Il est question aussi de la qualité du produit national…

Nous sommes des êtres humains, nous consommons bien nos produits locaux. Il s’agit de les vendre aussi aux Tunisiens, aux Marocains et Africains. Et même aux Européens, avec des adaptations à certaines exigences. Il faut évacuer l’idée selon laquelle nous ne produisons rien.

 

Mais savons-nous vendre nos produits, notamment en termes d’emballage, de label, etc ?

C’est à ce moment là que le Conseil export intervient. Il faut savoir que l’export c’est un ensemble de métiers. L’avantage que nous avons, c’est que nous disposons de conseillers spécialisés dans l’expertise en amont et en aval. D’autres qui sont spécialisés dans la logistique, le calcul des prix. En fait, il y a des fondamentaux  que le manager doit impérativement maîtriser. D’autre part, avant de vendre son produit, il faut cibler le marché, voir s’il est porteur, vous devez comprendre que produire et vendre un produit c’est justement pour répondre à un besoin qui n’est pas satisfait ou partiellement satisfait. Et pour ce faire, il faudra une étude de marché sur laquelle on devra s’appuyer, l’exploitation des informations au niveau des missions économiques et à travers notamment la participation aux foires internationales

 

Est-ce que nos représentations à l’étranger en disposent ?

Tous les opérateurs et acteurs du commerce extérieur s’accordent pour dire Non. Cela dit, nous ne les avons pas  encore approchées. Nous avons adressé un courrier au ministère des Affaires étrangères pour un rendez-vous afin justement d’aborder cette question. On aimerait, par exemple, organiser des cycles de formation pour les chargés des missions économiques à l’étranger. Car nous ne pouvons  plus se satisfaire de représentations symboliques. D’ailleurs, je n’ai jamais personnellement entendu parler d’organisation, par une quelconque mission, d’un salon ou d’une foire et encore moins des rencontres B to B pour l’export. Par conséquent, il faut revoir les critères de sélection de ces représentations économiques. En finir avec le « beni amisme », arrêter de voir un chauffeur être propulsé représentant tout simplement parce que c’est le parent d’un Tel ou un tel autre.  C’est un secteur trop stratégique pour que l’on se permette ce genre de situation. Il faut des critères de sélection extrêmement sérieux. Choisir des personnes qui maîtrisent tout ce qui touche à l’économie et au commerce international.

 

Quels sont les marchés à cibler pour l’exportation ?

Les marchés les plus proches, la proximité est l’un des critères de choix d’un marché. Nous connaissons notre environnement immédiat qu’est les pays du maghreb, il y a aussi l’Afrique. Toutefois, la diplomatie doit intervenir pour faire la promotion de nos produits et de nos entreprises. Ensuite conquérir pourquoi pas le marché européen et d’autres marchés émergents.

 

Quels sont les missions que vous vous assignez à l’avenir?

Il s’agit d’abord pour nous de faire connaître l’association, vulgariser ses objectifs et ses missions. Nous allons prendre contact avec les différents ministères et institutions telles que l’Algex, l’ANDPME, la Cagex, et nous envisageons aussi d’organiser une conférence de presse à la rentrée, des rencontres au niveau des chambres de commerce régionales, aussi prendre contact avec les entreprises qui veulent aller vers l’international. Tout en les informant  sur les différents avantages  et les facilitations accordées aux exportateurs par les pouvoirs publics, car il faut le signaler, nous enregistrant un déficit flagrant en communication.

Entretien réalisé par Faouzia Ababsa

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Commentaires

18 Jui 2013
doudou 18h59

C'est une excellente initiative aux fins de dynamiser ce secteur à l'état embryonnaire.Toutefois, cela nécessite des compétences avérés et la contribution des missions économiques implantées à l'étranger sur tous les plans.La conjugaison de l'ensemble des acteurs est nécessaire voire indispensable et plus particulièrement la sensibilisation de l'administration des douanes afin qu'elle comprenne que le secteur "export" doit être privilégié au détriment de "l'import".

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