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Ali Kahlane, président de l’Association des fournisseurs de services internet et de la société Satlinker
"L’Algérie doit revisiter sa stratégie en matière de TIC" Abonnez-vous au flux RSS des articles

14 juin 2013
10:31
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L’Algérie affiche une faiblesse dans l’évolution de ses projets de lancement de la 3G et d’amélioration du débit internet. Alors que le ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la télécommunication, Moussa Benhamadi, remet en question la crédibilité du classement de l’Algérie à la 131e place publié par le rapport World Economic Forum, les experts, quant à eux, sont pessimistes quant à l’évolution des TIC et au lancement de la 3G. Selon Ali Kahlane, «le projet e-Algérie est orphelin alors que la 3G est dans une impasse en raison de l’irrationalisme des responsables à prendre une bonne décision».  

 

L’opérateur historique algérien est en repli par rapport auà ses concurrents mobiles. Aurait-il peur du lancement de la 3G en Algérie ? Pourquoi ? 

Ali Kahlane : l’introduction de la 3G mobile, d’une manière ou d’une autre, signera la fin d’Algérie Télécom. Cet opérateur public vit avec ses lignes téléphoniques qui ne dépasse pas 1.2 million d’abonnés ADSL. Tout simplement parce qu’il n’a pas eu le reflexe d’accompagner les offres ADSL avec des services à valeur ajoutée.

Le fournisseur Eepad a été écarté pour la simple raison qu’il était un concurrent pour Algérie Télécom. Ce qui fait que le lancement de la 3G (avec un débit de 2 méga au minimum) incitera sûrement les abonnées d’AT  (1,2 million) à aller vers les autres opérateurs. L’Algérie n’enregistre aucune amélioration dans son réseau internet. D’ailleurs, seulement 12% de la population sont connectés actuellement en Algérie. Il faut savoir que des entreprises privées activent en vue d’améliorer la connectivité en Algérie.

Le haut débit mobile représente l’unique solution pour augmenter le nombre d’accès à internet. Si nous ne lançons la 3G ou la 4G mobile, le nombre de personnes connectées restera toujours bas ou même sera réduit.

Alors, pourquoi attendre pour le lancement de la 3G alors que le Maroc l’a déjà fait ? C’est un pays qui a lancé la 3G avec un seul et unique opérateur. Pourquoi attendre Djezzy, qui est à plus de 17 millions d’abonnés et enregistre une croissance organique qui dépasse les 11% ? Des questions qui ne cherchent pas seulement des réponses, mais du concret. 

En plus du vide juridique, plusieurs autres facteurs ont engendré le retard de l’Algérie dans le domaine des TIC. La dérégulation dans le monde des télécommunications sous le régime de la loi 2000-03 régissant le secteur de la poste et des télécommunications s’était imposée d’elle-même, mais elle ne s’est pas accompagnée d’une libéralisation de l’internet, toujours sous monopole d’Algérie Télécom. Ce qui est un frein pour les autres opérateurs.

 

L’Algérie est-elle capable de lancer directement la 4G sans passer par la 3G ? 

Depuis 16 mois, nous tergiversons sur la possibilité de passer à la 3G. Nous attendions que l’opérateur Djezzy soit prêt car Mobilis n’était pas du tout prêt à se lancer dans ce projet. Donc, actuellement, il serait plus simple d’aller directement vers la 4G que de passer de la 2G à la 3G. Il faut savoir que les deux opérateurs Djezzy et Nedjma sont prêts pour cet investissement, contrairement à Mobilis. Ce dernier n’était prêt qu’à 30% alors que Nedjma à plus de 80% et Djezzy à 75%.

Ces deux derniers avaient la capacité financière de se déployer sur tout le territoire national. Etant donné qu’aucun opérateur n’est prêt à 100%, il est préférable de se concerter et d’aller directement à la 4G. Si l’Algérie lance la 4G, le premier à qui cela en profitera sera l’opérateur historique, ensuite les clients. Le passage à la 4G est faisable, sans même songer à la 3G. Plusieurs pays sont entrain de tester la 4G, à l’instar de la Libye, la France, le Botswana…  Nous avons d’ores et déjà proposé cette possibilité. Cependant, du point de vue coût, je ne pense pas que nous soyons prêts à lancer la 4G, qui nécessite un investissement très lourd. 

 

Le passage de l’Algérie à la 3G est très important, cependant, il faut également assurer une bonne transition vers l’ère numérique. Qu’en est-il, aujourd’hui, du projet Algérie numérique ou e-Algérie ?

Le projet a été lancé, comme tout le monde le sait, en 2008 et devait durer cinq années. On y avait même accolé le projet e-Algérie 2013. En cours de route, celui de 2013 a disparu en raison des problèmes qui commençaient à surgir de partout. C’est une stratégie qui avait été pensée pour propulser l’Algérie dans l’ère du numérique en cinq ans. Dans ce projet, plus de mille actions étaient prévues, et ce, de façon à ce que tous les secteurs de l’économie et sociaux puissent en profiter. Le projet était exhaustif, tout avait été bien élaboré et réfléchi.

Après son adoption par le gouvernement, ce projet s’est retrouvé orphelin : personne pour le concrétiser et le mettre en œuvre. Il était orphelin de ses concepteurs. C’était un programme bien détaillé, chacun avait sa tâche et les opérateurs étaient prêts à mettre le paquet pour concrétiser le projet e-Algérie.

Nos opérateurs sont conscients de l’importance de conceptualiser l’économie algérienne en une économie numérique comme la plupart des pays du monde. Un projet dont les résultats seraient très bénéfiques pour le citoyen, la société  et l’économie. L’Algérie est très loin, malheureusement, de la transition vers l’ère du numérique que ce soit par rapport au programme e-Algérie ou par rapport à la 3G qui est dans une impasse souhaitée. Il y a du chemin à faire. Malheureusement, le programme e-Algérie  touche à sa fin sans avoir été réalisé. D’ici décembre prochain, le gouvernement fera le bilan initial du projet. Quel résultat ? L’Algérie est en train de cumuler des retards qui lui coûtent très cher sur tous les plans, social, économique, éducatif.

 

Malgré tous ces échecs que vous avez énumérés, l’Algérie a, tant bien que mal, marqué un passage positif concernant l’encouragement des start-up. Ces dernières peuvent-elles être une solution à même de développer les TIC en Algérie ?

C’est vrai. Il faut reconnaître qu’en dépit de ces échecs, le ministère de la Poste et des TIC a réalisé des choses positives. A savoir le cyberparc de Sidi Abdellah qui a été conçu dans l’objectif de soutenir les start-up. Il y a également un autre cyberparc créé récemment à Ouargla et un autre prévu à Annaba. Toutes ces réalisations sont des actions positives pour encourager les start-up et les jeunes.  Il n’y a pas de doute que c’est très intéressant, mais le souci est que ce genre d’initiatives ne sont pas nombreuses en Algérie.

Il ne faut pas oublier le problème majeur auquel sont confrontés les jeunes techniciens, à savoir la difficulté de trouver un emploi dans ce domaine. Ce n’e sont pas tous les jeunes qui peuvent créer des start-up. Il y a d’autres freins, tels les lourdeurs administratives ainsi que l’accès au crédit. Je ne parle pas des dispositifs d’aide aux jeunes (Ansej et Andi) car ce sont des mécanismes d’aide à vocation sociale. C’est très appréciable comme soutien, mais les jeunes porteurs de projet doivent être canalisés et orientés vers d’autres crédits bancaires, de manière à aider les jeunes et les banques.

Les structures d’aide existent, mais leur mise en œuvre est défaillante. Donc il faut recentrer les dispositifs Ansej et Andi vers d’autres structures d’application plus rentables au lieu de ne faire que du social. En tout état de cause, l’Algérie doit repenser sa stratégie dans les TIC et relever le défi de la numérisation de tous ses systèmes d’exploitation bancaires, administratifs, économiques, sociaux. (L'Eco N 66)

 

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